Lettre ouverte à M. J.P. Limousin.

Lettre ouverte à M. J.P. Limousin.

Trop c’est trop ! Cher M. Limousin, vos tentatives de légitimer le projet de barreau LGV Limoges-Poitiers sont pitoyables et d’une rare malhonnêteté intellectuelle.

Citons seulement la dernière en date, rapportée par Centre-Presse, où vous accusez les adversaires de ce projet en ces termes : « Ce sont toujours les mêmes, ils ne sont pas plus de 300 : ils ne veulent pas voir passer le TGV dans leur jardin« .

D’abord, non, ce ne sont pas toujours les mêmes. Nos réunions organisées dans les villes et villages les plus touchés vous l’auraient appris si vous aviez eu le courage de vous y rendre. Et nous sommes bien plus de 300. 300, c’est seulement le nombre d’habitants de Vaulry,  petit village limousin (que vous ne connaissez sans doute pas car il n’est pas sur le tracé rue Jean-Jaurès-Bellegarde que seul vous semblez pratiquer) menacé de disparaître par la faute de ce projet pharaonique et destructeur que vous promouvez,  et dont chacun d’eux souhaite l’abrogation. Et Vaulry n’est qu’un petit point sur la carte de destruction massive que RFF a projeté.  Rien que le nombre d’exploitations agricoles touchées est de plus de 500 ! Notre pétition qui avoisine aujourd’hui les 5.000 signatures prouverait facilement le nombre de mécontents si l’idée de vous renseigner vous traversait l’esprit au lieu de, comme pour tout le reste de votre argumentaire, citer des chiffres en l’air et sans fondement pour défendre un projet excessivement coûteux, voué à l’échec commercial  et totalement agressif envers la région.

Non, les  Creusois et les habitants du nord du département n’ont pas peur de voir passer le TGV dans leur jardin, au contraire, ils le veulent. Ils le veulent d’autant plus que la ligne existe déjà et que votre projet va inéluctablement amener la disparition des trains habituels (ceux dont le tracé est en ligne droite et dont vous ne voulez pas, peut-être justement à cause de sa simplicité). Et ils sont également plus de 300.

Au fait, qu’avez-vous donc contre ceux qui ne veulent pas d’un TGV dans leur jardin ? Nul doute que vous seriez prêt vous-même à offrir généreusement l’ensemble de vos propriétés (il s’agit bien d’offrir, car comme vous ne l’ignorez pas, aucun dédommagement n’est prévu) et à sacrifier un tiers ou la moitié des clients de votre cabinet d’assurances pour ce bien commun et indispensable que constitue le barreau LGV Limoges-Poitiers, mais beaucoup de Limousins aiment leur région et ont choisi d’y vivre. Au milieu de la terre, des arbres et de l’eau qui en font l’attrait, et non  du béton, du bruit et du goudron dont vous vous délectez et que vous voulez étendre à tout le département. Beaucoup d’industriels et d’investisseurs, vous l’auriez aussi appris si vous étiez venu ne serait-ce qu’à une seule des réunions locales organisées, ont choisi notre région, non pas pour la vitesse avec laquelle on y accède, mais pour sa qualité de vie. Ces industriels-là, souvent venus de la capitale, qui ont investi et créé des emplois en Limousin, ceux-là partiront, vous pouvez en être sûr. Et pour laisser la place à qui ? Qui voudra venir dans cette région que vous voulez bétonner quand il n’y aura plus de campagne paisible ? Ce qu’il y a de bien plus probable, c’est que nos investisseurs locaux iront investir  à Paris et non ici où il n’y aura plus la qualité de vie qui les y fait rester.

Il est étrange aussi que votre excellente gestion de notre aéroport (à grands renforts, encore une fois,  de subventions territoriales et d’argent du contribuable) ne vous ait rien appris. La ligne aérienne Limoges-Paris n’est pas rentable et a été abandonnée. Qu’est-ce à dire ? Les investisseurs ne prennent-ils plus l’avion ? Par contre, les lignes avec l’Angleterre se multiplient. Et où les trouve-t-on ces anglais qui seuls rentabilisent votre aéroport ? Dans le TGV pour Paris ou dans nos campagnes, restaurant les fermes que votre politique focalisée sur la seule ville de Limoges a conduit à l’abandon et à la ruine ? Encore une fois, si vous étiez venu à nos réunions, à Vaulry ou Blond, vous les auriez croisés ces anglais, se bousculant pour signer la pétition contre vos méfaits.

Non, M. Limousin, vous ne l’aimez pas le Limousin, malgré votre nom.  Passe encore que vous ne l’aimiez pas, sans doute vous a-t-il fait quelque tort électoralement ou professionnellement, mais pourquoi le haïr ? Pourquoi vouloir à tout prix le défigurer irrévocablement et sans appel ? Au nom du sacro-saint « Désenclavement » ? Mensonge ! Quand le Capitole était le train le plus rapide d’Europe circulant sur sa voie ferrée la plus moderne, le Limousin n’a pas été mieux « désenclavé ». Avec une autoroute gratuite, le Limousin n’est pas plus  « désenclavé » qu’avant. Non, ce qui enclave réellement le Limousin c’est l’esprit borné de ces acteurs économiques. Rien de plus.

 

Alain Bertrand,
habitant honteux de Vaulry ayant scandaleusement préféré la campagne à notre Capitale économique.

 

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