LGV Tours-Bordeaux et aéroport Notre-Dame-des-Landes, même catastrophe financière pour le contribuable ?

26 juillet 2017 à 21h54

Quelques semaines après l’inauguration en grande pompe de la LGV Tours-Bordeaux – première ligne ferroviaire récente sous concession privée – des notes discordantes se font déjà entendre. A peine achevée, la ligne s’avèrerait en effet être coûteuse, voire ruineuse, tant pour SNCF Réseau qui l’exploitera que pour les collectivités locales qui y ont contribué ou le contribuable qui a payé, paye et paiera l’ardoise finale. Un blogueur libéral très suivi, H16 (Hashtable), établit un parallèle avec Notre-Dame-des-Landes.

Cité par Aqui.fr, le spécialiste des transports Yves Crozet démonte « l’effet TGV » souvent mis en avant par la communication officielle, et qui se verrait tant dans l’accroissement de l’activité, le désenclavement et l’augmentation des échanges économiques : « Parler de chimère peut paraître excessif mais c’est nécessaire face aux « contes à dormir debout » que l’on entend souvent sur les TGV censés apporter l’abondance dans les régions desservies. Or, comme l’ont montré de nombreux travaux, les impacts des dessertes  TGV sont le plus souvent circonscrits aux territoires proches des gares, et l’ampleur des effets est invisible sur les PIB régionaux ».

Les seuls corollaires évidents pour les gens sont, finalement, une intense activité immobilière – surtout dans le domaine des bureaux, la disparition de dessertes locales pour laisser passer le TGV, la diminution de la desserte des gares intermédiaires… et de très fortes ardoises pour le contribuable.  D’ailleurs, les collectivités locales renâclent à payer 350 millions d’euros sur les 1,3 milliards promis ; si SNCF Réseau a déjà gagné dix litiges en justice portant sur une somme de 111 millions récupérables à brève échéance, d’autres seront difficiles à récupérer.

Pour payer la ligne, l’État avait raclé les fonds de tiroir du mille-feuille territorial français, associant dans la convention de financement pas moins de 58 acteurs : cinq régions, 19 départements, 34 communautés de communes ou d’agglomération. Un monstre financier hétéroclite et mal ficelé, dont 32 contributeurs seulement ont paraphé en 2009 la convention de financement – 270 des millions promis se sont en théorie évaporés dans la nature. D’autres ont refusé de payer pour protester contre l’ajournement des lignes TGV Bordeaux-Espagne, Bordeaux-Toulouse et Poitiers-Limoges, promises par L’État et ce bien que leur rentabilité pose problème – surtout pour la dernière.

L’exploitation de la ligne est elle-même une bombe à retardement. Liséa, la filiale de Vinci chargée de la construction et de l’exploitation de la ligne, tient l’infrastructure pendant cinquante ans. Elle a apporté 3,8 milliards d’euros dont seulement 778 millions sur ses fonds propres, le reste provenant d’emprunts garantis par l’Etat ou SNCF Réseau. Elle est censée se rattraper par les péages versés par les opérateurs ferroviaires… mais surtout et encore de la subvention. Trois milliards pour l’État et les collectivités, un milliard pour SNCF Réseau, qui a  une dette de 44 milliards d’euros qui ne cesse de se creuser.

Pour justifier ce subventionnement massif d’une entreprise privée, dont la prospérité est déjà bien assise sur des montages publics-privés en tous genres, ou sur l’exploitation de services publics divers, Lisea et SNCF-Réseau ont affirmé que la ligne attirerait 20 millions de voyageurs à son lancement, puis 30 ensuite, sur la base de 30 allers-retours quotidiens. Des prévisions sur laquelle SNCF-Mobilités ne s’est pas engagée et qui ressemble à la calculette  un brin truquée – des prévisions du trafic aérien établies par  la DGAC pour Notre-Dame-des-Landes. Du reste celles de Vinci étaient encore plus irréalistes.

C’est du reste ce qui inquiète Aqui.fr : « 30 allers-retours quotidiens Bordeaux-Paris alors qu’il n’y en a que 23 entre Paris et Lyon, deuxième ville de France. Il est donc permis de se demander si ces prévisions de trafic ne sont pas surestimées pour rendre le projet plus attractif. Ce ne serait pas la première fois. Pour Flyvbjerg, dans 72% des projets ferroviaires les trafics sont au moins 40 % en dessous des prévisions ».

Pis, le mot de « faillite » pour Lisea, la filiale de Vinci chargée d’exploiter la ligne, a été prononcé. TP Ferro, qui exploitait la concession du tunnel du Perthus entre Perpignan et Figueras, a bien fait  faillite en septembre dernier après des trafics réels de moitié inférieurs aux prévisions. Plombée par les retards de livraison de la section espagnole allant de Figueras à Barcelone, elle traînait une dette de plus d’un demi-milliard d’euros.

Dans le cas de difficultés similaires sur la ligne TGV Tours-Bordeaux, « il y a fort à parier que Vinci cherchera à sortir du projet, voire acceptera une faillite. Il perdra les 770 M€ investis, renfloués par sa marge bénéficiaire sur la réalisation des travaux. Le reste du risque est supporté par les banques et par l’Etat », relève Aqui.fr ; le problème, c’est que les collectivités, siphonnées par ce qui s’annonce comme un « grand projet inutile imposé », et la baisse en parallèle des dotations publiques, n’arriveront pas à renouveler l’opération pour le co-financement des lignes vers Toulouse et l’Espagne. Elles sont pourtant nécessaires pour apporter des voyageurs à la section Tours-Bordeaux dont l’avenir s’annonce sombre. Dans tous les cas, le contribuable paiera la facture de cette montagne de ratés et d’imprévus.

De quoi faire réagir le très suivi blogueur libéral H16 (Hashtable) qui enfonce quelques clous supplémentaires dans le cercueil de la LGV Tours-Bordeaux : « la politique française est un art délicat de plomberie spécialisée qui consiste à assembler de fines et nombreuses tubulures chromées pour acheminer l’argent de la poche des contribuables (vous) vers la poche de certains électeurs, certains industriels et certains élus. Une méthode pratique pour la mise en place de ces tubulures consiste à construire des routes, des ponts, et, bien sûr, des lignes de chemin de fer ».

Il dresse aussi un parallèle avec Notre-Dame-des-Landes : « L’aéroport Notre-Dame-Des-Landes correspond en effet assez bien au schéma illustré par cette LGV : de la grosse connivence capitalistique avec un acteur majeur du BTP, une réalisation amplement barbouillée de ces partenariats public-privé dont on sait déjà qu’ils terminent en catastrophes financières fumantes, une étude d’impact dont les chiffres sont si outrageusement favorables à la réalisation qu’on frise la pornographie politico-économique, et un besoin réel si éloigné de ce que prétend apporter le projet qu’on sait – avant même que le premier avion se soit posé sur la moindre piste de ce bidule – que le contribuable va, une nouvelle fois, se retrouver en slip pour de nombreuses années ».

Les élus de droite, du centre et de gauche qui militent pour le projet depuis quarante ans ne sont pas oubliés par un SCUD bien placé. Ni la question de l’épineuse fermeture de l’aéroport actuel de Nantes, qui pourrait être ajournée – malgré la loi – pour sauver les emplois d’Airbus. Quant à l’aéroport de Rennes, il sera maintenu pour accueillir les activités fret de Nantes-Atlantique.

Au sujet des promesses d’emploi de Notre-Dame des Landes, Breizhjournal qui les décortiquait dans un dossier en avril 2013, avait constaté qu’elles venaient d’une mise à jour rapide d’une étude de 2003 par la CCI de Nantes, partenaire et soutien officiel du projet. Des promesses très « objectives » que les opposants n’avaient pu, évidemment, consulter. De quoi faire dire au média indépendant : « quelques chiffres tirés au pifomètre et jetés sur un coin de nappe servent de donnée économique officielle et indubitable, vendue comme telle aux populations, aux élus, aux associations ».

Bref, le résultat serait prévisible : « Comme la LGV Tours-Bordeaux, le contribuable français de toutes les régions sera mis à contribution pour ce magnifique gloubiboulga financier. Alors que l’État français croule sous les dettes, que les collectivités locales ploient sous les emprunts (parfois toxiques) et les échéances de remboursement de plus en plus salées, alors que le contribuable est déjà largement pressuré de toutes parts pour alimenter ces projets pharaoniques décidés unilatéralement par la classe politique, rien ne semble arrêter la marche du progrès ».