Les usines françaises d’Alstom en manque de visibilité

LOGO Rectangulaire31 août 2016 à 07h16

L’AFP a interrogé les syndicats du groupe et la direction sur « la pénurie de commandes en France, qui menace de plus en plus les usines du constructeur ferroviaire dans l’Hexagone ». Le marché domestique reste atone en attendant de nouvelles commandes pour les Intercités, le TGV du futur, le Grand Paris Express ou encore les RER nouvelle génération.

Si Alstom continue d’engranger d’importants contrats à l’étranger – le dernier en date aux Etats-Unis s’élève à 1,8 milliard d’euros – les sites de production français ne seront quasiment pas sollicités par ces commandes. « Le revers de la médaille, c’est qu’on a une charge de production en France qui est plus qu’alarmante, notamment sur le matériel roulant », indique Claude Mandart, délégué central CFE-CGC interrogé par l’AFP.

Le syndicat s’était ému la semaine dernière de l’attribution au concurrent allemand Vossloh d’une commande de 44 locomotives diesel par Akiem, filiale de la SNCF et de la Deutsche Bank. Ce choix « porte un coup très dur aux établissements de Belfort et d’Ornans (Doubs, NDLR) », dont « la pérennité à court terme (…) est très gravement menacée », affirmait l’organisation dans un communiqué.

usine alstom

De « gros soucis pour l’emploi » en France

« S’il n’y a pas de commandes en France, la perspective est très mauvaise pour les sites français », confirme Daniel Dreger, élu CGT au comité de groupe européen d’Alstom à l’AFP. Signe des difficultés, sur son site de Reischoffen (Bas-Rhin), les intérimaires n’ont pas été renouvelés en juillet.

« Pour les trois établissements de l’Est, il y a de gros soucis pour l’emploi », affirme Thierry Muller, délégué central CFDT, qui évoque aussi des inquiétudes pour le site de Valenciennes. « On craint une restructuration de l’activité France avec la disparition d’un site de production, on est très inquiets à ce niveau », avertit Claude Mandart. Le comité de groupe européen prévu la semaine prochaine et le comité central d’entreprise fin septembre permettront d’en savoir plus sur les intentions de la direction.

usine alstom 2

Une visibilité sur la charge réduite

Pour l’heure, Alstom explique à l’AFP que le marché domestique, qui représente 60% de son activité en France, est « moins favorable en raison de la baisse des dépenses publiques », qui réduit « la visibilité sur la charge à moyen et long-terme des principaux sites ». L’usine de Belfort doit par exemple fabriquer des locomotives pour la SNCF et l’Azerbaïdjan jusqu’en 2018. Au-delà, seul un contrat en Suisse est assuré jusqu’en 2021.

Pour la suite, les espoirs reposent sur des grands projets: le TGV du futur de la SNCF, le Grand Paris Express, le RER nouvelle génération. Une importante commande de ces RER NG est d’ailleurs attendue à l’automne. « Si on n’arrive pas à décrocher ça, ce sera très embêtant pour l’activité française », prévient Claude Mandart.

Un ministre qui entend les inquiétudes

Le gouvernement pourrait aussi offrir un sursis aux usines d’Alstom en concrétisant la commande de 30 trains Intercités annoncée en février par le secrétaire d’État aux Transports, Alain Vidalies. Ces rames « seront déployées à partir de 2018 », assure le ministère, précisant que « cette commande pourra évoluer au résultat de la concertation en cours avec les Régions » sur l’avenir des lignes Intercités, dont les conclusions sont attendues mi-octobre.

« Le gouvernement soutient activement l’activité de la filière ferroviaire en France, dans le respect des règles de la concurrence. J’entends les inquiétudes qui se sont exprimées ces derniers mois concernant les sites Alstom implantés en France, mais je veux redire ma confiance dans ce fleuron industriel français », a affirmé M. Vidalies dans une déclaration transmise à l’AFP.

Déjà, les mêmes inquiétudes pointaient lors du salon Innotrans 2014. Les acteurs de la filière faisaient les même constat : autant le marché à l’international est dynamique, autant il est atone en France… Ainsi, des organisations professionnelles comme la Fédération des Industries Ferroviaires (FIF), mais aussi des élus n’ont eu de cesse d’alerter les pouvoirs publics sur les menaces qui pèsent sur certains sites de production et sur l’emploi pour réclamer une relance de la commande publique.

Et malgré la concurrence, notamment chinoise, Alstom ne veut – officiellement – pas entendre parler d’un rapprochement avec Bombardier et/ou Siemens pour constituer un « Ferbus ».