Des solutions pour inventer une nouvelle mobilité

 

LOGO officiel rectangulaire19 novembre 2014 à 07h29

La revue Transport Public et MobiliCités ont organisé, le 12 novembre 2014 à Besançon, un colloque sur le thème La mobilité autrement. Les échanges entre les élus, opérateurs et industriels ont mis en lumière les solutions mises en œuvre pour continuer à proposer une offre transport de qualité malgré un tarissement des financements publics.

« Sortons des sentiers battus et inventons une nouvelle mobilité pour nos villes et agglomérations ! », a lancé Jean-Louis Fousseret, maire de Besançon et président du Grand Besançon lors de l’ouverture du colloque monté en partenariat avec la revue Transport Public et MobiliCités, le 12 novembre 2014 à Besançon. Son tout nouveau tramway  qui a coûté 17 millions d’euros du kilomètre au lieu des 20-25 millions habituellement, était le fil rouge du colloque ayant pour thème La mobilité autrement organisé par la ville de Besançon, le Grand Besançon, l’association des maires des grandes villes de France (AMGVF) avec le soutien des entreprises CAF, Egis, Systra, RATP Dev, Transdev et Vix. En clair, comment continuer à offrir des transports publics de qualité avec des ressources financières en berne ? Dans ce contexte, les élus, industriels et opérateurs ont partagé leurs solutions pour imaginer la mobilité de demain.

Faire mieux avec moins

Première idée, optimiser l’existant. Il s’agit d’améliorer l’attractivité des transports publics pour augmenter les recettes. Il s’agit notamment de fluidifier la circulation et d’augmenter la vitesse commerciale de son réseau de transport par une meilleure coordination des feux tricolores et des aménagements urbains. « Il n’y a pas de bonne politique de transport sans une bonne politique de stationnement », a complété Jean-Louis Fousseret. Cela passe par des parkings relais pour inciter les habitant à laisser leur voiture et utiliser les transports en commun, accompagnée d’une tarification incitative. Cette politique peut être plus contraignante à l’image de la Suisse où les villes peuvent imposer aux entreprises des restrictions sur le nombre de places de parking.

Desserrer le maillage

Autre tendance, mieux dimensionner son offre de transport. « On s’oriente vers des réseaux avec un maillage plus large, mais ayant une plus grande fréquence », a expliqué Francis Chaput, directeur urbain France chez Transdev. L’opérateur s’est aperçu en interrogeant ses clients que 77% d’entre eux sont prêts à marcher cinq minutes de plus à condition d’avoir une desserte deux fois plus fréquente. Fini donc les réseaux en forme de « plat de nouilles » où l’on va desservir tout le monde. « Il faut continuer la politique de réseaux structurants et étendre leur champ d’attractivité », complète Guy Bourgeois, consultant Recherche et transport. Il ne s’agit plus de considérer la population vivant et travaillant à 600-700 mètres autour d’une station mais d’élargir à un rayon de 2-3 kilomètres quitte à devoir « créer une virgule » à l’exemple du plateau de Saclay qui ignore les zones d’emploi à proximité comme le Technocentre de Renault (12 000 salariés), et le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (6000).

Prédire son temps de trajet

Parmi les pistes avancées, renforcer l’intermodalité. L’offre transport est, aujourd’hui, tellement riche que les usagers ne connaissent pas l’ensemble des modes de déplacement à leur disposition. Parmi les solutions, le réaménagement de l’espace urbain. A Echirolles par exemple, Transdev a mis en place un mobilier urbain « frugal » qui met en valeur les différents modes de transport et indique aux habitants, le temps de trajet à pied jusqu’aux stations les plus proches. « Cela permet d’interfacer des modes de transports qui s’ignoraient », a expliqué Francis Chaput.
Le renforcement de l’intermodalité passe aussi par les nouvelles technologies. L’information voyageur notamment est devenue stratégique pour optimiser son trajet. En décembre prochain, Lyon lance Optimod’, un outil prédictif qui va permettre à un automobiliste d’orienter ses choix en fonction des prévisions à 1 heure de trafic. La solution calculera son temps de parcours en transport en commun et en voiture. En cas de bouchon, l’outil proposera une alternative telle que le parking le plus proche couplé à une solution de transport en commun à proximité. En Autriche, la ville de Vienne a pris un temps d’avance en développant un système d’information voyageur qui prend en compte tous les systèmes de transport – publics et privés comme le covoiturage. Et qui permet de réserver et de payer en ligne.

Travailler ensemble

Améliorer la gouvernance Transport fait partie des solutions avancées lors du colloque. Les régions, départements et les communautés d’agglomération ont tout intérêt à mieux collaborer ensemble pour optimiser le réseau de transport, notamment au niveau de la signalétique, de la billettique et de la tarification. Par exemple, une  billettique qui permet avec la même carte de transport de voyager sur le réseau urbain et de prendre le TER facilite le report modal. « Si le réseau est mieux interconnecté, cela augmentera son attractivité », a expliqué Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de l’AMGVF.

« Un système institutionnel aujourd’hui complexe mais en bonne voie de valorisation », selon Pascal Bérion, maître de conférence en aménagement de l’espace et de l’urbanisme à l’Université de Franche-Comté. D’ores et déjà, la concurrence fiscale entre les territoires a fait la place à la collaboration via notamment le schéma de cohérence territoriale (Scot) instauré par la loi SRU de décembre 2000 qui vise à mettre en cohérence l’ensemble des politiques sectorielles dont les questions de déplacement. Surtout, la réforme territoriale doit aboutir à la concentration de la compétence Transport dans les mains des régions.

Créer des montages financiers innovants

De nouveaux modes de financement ont également été abordés comme le recours à une délégation de service public (DSP) de long terme à l’image de la ligne grande vitesse du Sud-Ouest ou du tramway de Reims. Des collectivités réfléchissent aussi à la possibilité de passer par des émissions obligataires. La Caisse des dépôts (CDC) et la Banque européenne d’investissement (BEI) prêtent à long terme à conditions de « démontrer la pertinence du projet sur la bonne échelle géographique », a prévenu Antoine Bréhard,directeur régional Franche-Comté à la CDC. Car, les financements classiques par les banques, se sont taris. Enfin, la hausse des tarifs reste un sujet compliqué pour les élus. Certains préférant, à l’image de Jean-Louis Fousseret, provoquer du report modal de la voiture vers le transport public avec des tarifs bas et attractifs.

Au final, l’exemple du tramway de Besançon a montré que la nouvelle mobilité passe avant tout par une volonté politique des autorités organisatrices de bousculer les différents acteurs du transport public et un « patron » qui prend les décisions… et les risques.